Avant de lire nos analyses de marché, il faut savoir de quoi l’on parle. Ce guide pose les bases : pourquoi Bitcoin a été créé, comment il fonctionne, ce qui le rend rare, ce que lui reprochent ses critiques et ce qu’il faut savoir avant d’en détenir. Aucune connaissance technique n’est nécessaire.
Pourquoi Bitcoin existe
La monnaie, une affaire de confiance
Une monnaie sert à échanger, à compter et à épargner. Au fil de l’histoire, la même question revient : à qui, ou à quoi, fait-on confiance pour qu’elle garde sa valeur ?
Antiquité
Les monnaies-marchandises
Sel, coquillages, puis métaux précieux. L’or s’impose : rare, inaltérable, divisible, difficile à contrefaire. Mais il est lourd et coûteux à transporter.
XVIIe siècle
Les billets convertibles
Les banques émettent des reçus en papier échangeables contre de l’or. Comme les déposants ne viennent pas tous le retirer en même temps, elles émettent plus de billets que d’or en réserve.
1944
Bretton Woods
Le dollar devient le pivot du système monétaire mondial : seule monnaie convertible en or, à 35 dollars l’once.
15 août 1971
La fin de la convertibilité
Richard Nixon suspend la conversion du dollar en or. Plus aucune grande monnaie n’est adossée à un actif physique.
Depuis 1971
La monnaie fiat
La monnaie naît du crédit accordé par les banques et des décisions des banques centrales. Sa valeur repose sur la confiance dans ces institutions.
Le mot fiat vient du latin : « qu’il en soit ainsi ». Une monnaie fiat a cours parce que l’État le décide et parce que chacun l’accepte. Ce système donne aux banques centrales une grande souplesse : elles peuvent créer de la monnaie pour soutenir l’économie en période de crise. La contrepartie est une perte de pouvoir d’achat dans la durée. Avec 2 % d’inflation par an, l’objectif officiel de la BCE comme de la Fed, les prix doublent en 35 ans environ.
Le problème que personne n’avait résolu
Dans les années 1990, un groupe d’informaticiens et de cryptographes, les cypherpunks, voit l’argent devenir numérique, donc traçable. En 1993, Eric Hughes publie le Manifeste d’un cypherpunk : selon lui, la vie privée ne doit pas dépendre de la permission des États, mais d’outils techniques. Leur devise tient en une phrase : « les cypherpunks écrivent du code ».
Un obstacle bloque pourtant toute monnaie numérique sans intermédiaire : la double dépense. Un fichier se copie à l’infini. Qu’est-ce qui empêche de dépenser deux fois la même pièce numérique ? Jusqu’alors, la seule réponse était un tiers de confiance, une banque ou un service comme PayPal, qui tient le registre et vérifie les soldes. Ce tiers a aussi le pouvoir de bloquer un paiement, de surveiller un client ou de geler un compte.
Les tentatives centralisées ont montré leurs limites. La société e-gold, qui proposait dès 1996 une monnaie numérique adossée à l’or, a compté des millions de comptes avant d’être poursuivie par la justice américaine en 2007. La leçon : pour durer, une monnaie numérique ne doit dépendre d’aucune entreprise ni d’aucun dirigeant.
2008 : la réponse de Satoshi Nakamoto
À l’automne 2008, la faillite de la banque Lehman Brothers fait vaciller le système financier mondial. États et banques centrales mobilisent des sommes considérables pour sauver les banques.
Le 31 octobre 2008, une personne ou un groupe se présentant sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto publie, sur une liste de diffusion consacrée à la cryptographie, un document de neuf pages : Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System. Il y propose une solution à la double dépense, sans tiers de confiance.
Le 3 janvier 2009, le réseau démarre avec un premier bloc, le « bloc genèse ». Satoshi y a inscrit le titre du quotidien britannique The Times paru ce jour-là :
Bloc genèse · 3 janvier 2009
« The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks » : le ministre britannique des Finances est au bord d’un second sauvetage des banques.
Ce message prouve la date de lancement. Il dit aussi l’intention : proposer une monnaie qui ne dépend ni des banques ni des gouvernements.
Comment fonctionne Bitcoin
Un registre tenu par tout le monde
Imaginez un grand livre de comptes public, qui indique combien de bitcoins sont associés à chaque adresse. Au lieu d’être conservé par une banque, ce livre est copié à l’identique sur des dizaines de milliers d’ordinateurs à travers le monde : les nœuds du réseau.
Chaque nœud applique les mêmes règles et vérifie chaque opération. Il n’y a ni siège, ni serveur central, ni président. Si quelqu’un modifie sa copie pour s’attribuer des bitcoins, les autres nœuds rejettent sa version, car elle ne respecte pas les règles. Les opérations sont regroupées par paquets, les blocs, chacun relié au précédent : d’où le nom de blockchain, ou chaîne de blocs.
Votre clé, votre propriété
Sur Bitcoin, il n’y a ni nom ni compte bancaire. La propriété repose sur une paire de clés liées par les mathématiques.
Secrète
Clé privée
Un nombre tiré au hasard. Elle sert à signer, donc à dépenser.
Dérivée
Clé publique
Calculée à partir de la clé privée. Elle sert à vérifier les signatures.
Publique
Adresse
Version abrégée de la clé publique, à communiquer pour recevoir.
Calcul instantané
Retour impossible en pratique
La clé privée est un nombre tiré au hasard parmi 2256 possibilités, soit environ 1077 : un 1 suivi de 77 zéros. C’est presque autant que le nombre d’atomes estimé dans l’univers observable, de l’ordre de 1080. Deviner la clé privée de quelqu’un est moins probable que de gagner le gros lot du Loto dix fois de suite.
La clé publique se calcule à partir de la clé privée, et l’adresse à partir de la clé publique. Le calcul est instantané dans un sens, mais impossible à inverser en pratique : connaître une adresse ne permet pas de retrouver la clé privée. On peut donc communiquer son adresse sans risque, comme un RIB.
Une transaction signée, vérifiée par tous
Quand Bob envoie 0,1 bitcoin à Alice, il ne demande l’autorisation à personne. Son logiciel prépare un message (tel montant, de son adresse vers celle d’Alice), puis le signe avec sa clé privée.
La signature fonctionne comme un sceau impossible à imiter. Seule la clé privée peut la produire, mais n’importe qui peut la vérifier à partir de la clé publique, sans jamais voir le secret. Elle est propre à ce message : impossible de la réutiliser pour une autre transaction. Chaque nœud contrôle la signature, vérifie que les bitcoins n’ont pas déjà été dépensés, puis relaie la transaction au reste du réseau.
Le minage : qui écrit la page suivante ?
Environ toutes les dix minutes, les transactions en attente sont regroupées dans un nouveau bloc. Reste à décider qui a le droit de l’ajouter au registre. C’est le rôle des mineurs et de la preuve de travail (proof of work).
- Une loterie de calcul. Les mineurs cherchent un nombre qui, combiné au contenu du bloc, produit une empreinte numérique (un hash) inférieure à une cible. Il n’existe aucun raccourci : il faut essayer, encore et encore. L’ensemble du réseau effectue de l’ordre de mille milliards de milliards d’essais par seconde.
- Difficile à trouver, facile à vérifier. Trouver la solution coûte du matériel spécialisé et de l’électricité. Vérifier qu’elle est juste prend une fraction de seconde à n’importe quel nœud.
- Une récompense. Le premier mineur qui trouve ajoute le bloc et reçoit des bitcoins nouvellement créés, plus les frais des transactions incluses. C’est la seule façon dont de nouveaux bitcoins sont émis.
Tous les 2 016 blocs, soit environ deux semaines, le réseau ajuste automatiquement la difficulté pour maintenir le rythme d’un bloc toutes les dix minutes, quel que soit le nombre de mineurs.
Pourquoi personne n’a intérêt à tricher
Pour réécrire des transactions passées, il faudrait contrôler plus de la moitié de la puissance de calcul mondiale : c’est ce qu’on appelle une « attaque des 51 % ». Le matériel et l’énergie nécessaires se chiffreraient en milliards de dollars, et une attaque réussie ferait chuter la valeur du bitcoin, y compris celle des bitcoins de l’attaquant. Le système est conçu pour que respecter les règles rapporte davantage que les enfreindre : c’est un raisonnement issu de la théorie des jeux.
Une monnaie à quantité limitée
21 millions, pas un de plus
La politique monétaire de Bitcoin est écrite dans son code et connue de tous à l’avance.
- Un plafond. Il n’existera jamais plus de 21 millions de bitcoins.
- Une émission programmée. En 2009, chaque bloc créait 50 bitcoins.
- Le halving. Tous les 210 000 blocs, soit environ quatre ans, cette récompense est divisée par deux : 25 bitcoins en 2012, 12,5 en 2016, 6,25 en 2020, 3,125 depuis avril 2024. Le prochain halving est attendu en 2028.
21 millions, atteints par paliers
Bitcoins émis depuis 2009. À chaque halving, la création de nouveaux bitcoins ralentit de moitié.
- Émission observée
- Projection
- Halving
| Halving | Date | Récompense | Bitcoins émis |
|---|---|---|---|
| 1 | novembre 2012 | 25 BTC | 10,5 millions |
| 2 | juillet 2016 | 12,5 BTC | 15,75 millions |
| 3 | mai 2020 | 6,25 BTC | 18,38 millions |
| 4 | avril 2024 | 3,125 BTC | 19,69 millions |
| 5 | 2028 (estimation) | 1,5625 BTC | 20,34 millions |
| 6 | 2032 (estimation) | 0,78125 BTC | 20,67 millions |
| 7 | 2036 (estimation) | 0,390625 BTC | 20,84 millions |
| 8 | 2040 (estimation) | 0,1953125 BTC | 20,92 millions |
| 9 | 2044 (estimation) | 0,09765625 BTC | 20,96 millions |
| 10 | 2048 (estimation) | 0,04882812 BTC | 20,98 millions |
Le 20 millionième bitcoin a été miné en mars 2026. Le dernier million prendra plus d’un siècle : la dernière fraction devrait être émise vers 2140. Chaque bitcoin se divise en 100 millions d’unités, les satoshis : on peut en détenir une toute petite fraction.
Tous ne circulent pas. Entre 3 et 4 millions de bitcoins seraient perdus à jamais selon les estimations, souvent parce que leurs propriétaires ont égaré leurs clés aux débuts du réseau, quand un bitcoin ne valait presque rien.
Ces règles peuvent-elles changer ? En théorie, oui, si une très large majorité des utilisateurs adoptait volontairement une nouvelle version du logiciel. Personne ne peut l’imposer, et c’est précisément ce qui rend le plafond crédible.
Euro, or, bitcoin : la comparaison
| Euro | Or | Bitcoin | |
|---|---|---|---|
| Qui fixe la quantité ? | La BCE et les banques, par le crédit | La géologie et les mines | Le code, connu de tous |
| Création annuelle | Variable, selon la politique monétaire | Environ 1,5 à 2 % du stock | Environ 0,8 % jusqu’en 2028, puis 0,4 % |
| Divisibilité | Au centime | Difficile pour les petits montants | Au cent-millionième (le satoshi) |
| Transport | Instantané en ligne, via une banque | Lourd, coûteux, contrôlé aux frontières | Par Internet, partout, sans intermédiaire |
| Vérification | Confiance dans les comptes des banques | Expertise physique des lingots | Registre public, vérifiable par tous |
| Gel ou saisie | Possible sur décision administrative ou judiciaire | Possible physiquement | Difficile si l’on détient ses clés, possible chez un intermédiaire |
| Volatilité | Faible | Modérée | Très forte |
Une monnaie qui favorise l’épargne ?
Pour ses partisans, souvent inspirés par l’école autrichienne d’économie, une monnaie impossible à multiplier protège l’épargne et incite à penser à long terme, alors qu’une monnaie qui perd de la valeur pousse à consommer ou à s’endetter. Ses critiques répondent qu’une monnaie à quantité fixe priverait l’économie d’un outil pour amortir les crises, et que la volatilité du bitcoin en fait aujourd’hui un instrument d’épargne risqué. Le débat reste ouvert.
Les critiques, examinées
Bitcoin suscite des critiques fréquentes. Certaines reposent sur des malentendus, d’autres sur des risques bien réels.
« C’est une pyramide de Ponzi »
Une pyramide de Ponzi repose sur un organisateur qui promet des rendements et paie les premiers investisseurs avec l’argent des suivants. Bitcoin n’a ni organisateur, ni promesse de rendement, ni entreprise derrière lui : c’est un logiciel libre, et son prix se forme sur des marchés ouverts, par l’offre et la demande. Cela n’empêche pas les escroqueries autour de Bitcoin, comme les fausses plateformes ou les placements « garantis ». Elles sont nombreuses : toute promesse de rendement doit alerter.
« Il n’a aucune valeur intrinsèque »
C’est vrai, comme pour un billet de banque : sa valeur vient de l’usage qu’on en fait et de la confiance qu’on lui accorde. Ses partisans la fondent sur ses propriétés : quantité fixe, transferts sans intermédiaire, registre vérifiable par tous. Ses critiques y voient un actif purement spéculatif, sans revenus ni usages suffisants pour justifier son prix. Les deux lectures coexistent, y compris parmi les économistes.
« Il sert surtout aux criminels »
Bitcoin n’est pas anonyme mais pseudonyme : toutes les transactions sont publiques et consultables pour toujours. Des sociétés spécialisées et les enquêteurs les analysent, et identifient les personnes dès qu’elles passent par une plateforme régulée. Selon Chainalysis, l’activité illicite représentait moins de 1 % des volumes en cryptoactifs en 2025, et elle passe désormais surtout par les stablecoins. Pour ordre de grandeur, l’ONUDC estime le blanchiment d’argent à 2 à 5 % du PIB mondial chaque année, tous moyens confondus : une autre mesure, pas directement comparable, mais qui situe le phénomène. Les usages criminels de Bitcoin existent ; ils restent minoritaires.
« C’est un désastre écologique »
Le minage consomme beaucoup d’électricité : environ 138 TWh par an, soit près de 0,5 % de la consommation mondiale, selon une étude de l’université de Cambridge publiée en 2025. D’après cette enquête menée auprès de mineurs, 52 % de leur électricité provient de sources renouvelables ou nucléaires, 38 % du gaz et 9 % du charbon. L’électricité étant leur premier coût, les mineurs cherchent l’énergie la moins chère, souvent des surplus difficiles à vendre ailleurs : barrages en période de crue, éolien la nuit, gaz brûlé en torchère sur les sites pétroliers. Pour ses défenseurs, c’est le prix de la sécurité d’un réseau monétaire mondial. Pour ses critiques, une dépense d’énergie disproportionnée.
Les vrais risques
- La volatilité. Le prix du bitcoin a déjà perdu plus de 70 % depuis un sommet, à plusieurs reprises (2014, 2018, 2022).
- La garde. Une clé perdue ou volée, ce sont des fonds perdus, sans recours. Une plateforme qui fait faillite peut emporter les avoirs de ses clients, comme Mt. Gox en 2014 ou FTX en 2022.
- La réglementation. Aucun État ne peut éteindre le réseau, mais chacun peut encadrer ou interdire les plateformes, taxer, restreindre la publicité. Ces décisions pèsent sur l’accès au bitcoin et sur son prix.
- La concentration du minage. Une poignée de groupements de mineurs, les pools, produit la majorité des blocs. Les mineurs peuvent en changer à tout moment, mais cette concentration reste surveillée.
- L’ordinateur quantique. Une machine quantique assez puissante pourrait un jour retrouver une clé privée à partir d’une clé publique déjà révélée. Les ordinateurs actuels en sont très loin et l’échéance reste incertaine, mais les développeurs étudient déjà des signatures capables de résister à cette menace.
De l’expérience à Wall Street
22 mai 2010
Le Pizza Day
Le programmeur Laszlo Hanyecz paie deux pizzas 10 000 bitcoins : le premier achat connu d’un bien réel.
Juin 2011
WikiLeaks
Privée de dons par Visa, Mastercard et PayPal depuis fin 2010, l’organisation commence à accepter les bitcoins. Un usage concret : payer sans demander la permission.
Octobre 2013
Silk Road
Le FBI ferme ce marché clandestin qui fonctionnait en bitcoins. Le cours chute, puis dépasse 1 000 dollars quelques semaines plus tard.
Février 2014
Mt. Gox
La première plateforme d’échange mondiale fait faillite après la disparition de centaines de milliers de bitcoins : premier grand rappel du risque de garde.
Septembre 2021
Le Salvador
Premier pays à faire du bitcoin une monnaie légale. En 2025, dans le cadre d’un accord avec le FMI, son acceptation devient facultative pour les commerces.
Janvier 2024
Les ETF
Les États-Unis autorisent les ETF bitcoin au comptant. Celui de BlackRock devient en 2025 l’ETF le plus rapide de l’histoire à dépasser 70 milliards de dollars d’actifs.
Mars 2026
20 millions
Le 20 millionième bitcoin est miné. Il en reste moins d’un million à émettre, sur plus d’un siècle.
Les institutions s’en mêlent
Depuis 2020, des entreprises cotées achètent des bitcoins pour leur trésorerie. La plus connue, Strategy (ex-MicroStrategy), en a fait le cœur de son modèle, en finançant ses achats par l’émission d’actions et d’obligations. Des États en détiennent aussi, souvent issus de saisies judiciaires : les États-Unis ont ainsi créé en 2025 une réserve stratégique de bitcoins. Le Bhoutan, lui, en mine grâce à ses surplus d’électricité hydraulique.
Les règles se précisent. En Europe, le règlement MiCA encadre depuis fin 2024 les prestataires de services sur cryptoactifs. Aux États-Unis, la loi GENIUS encadre depuis 2025 les stablecoins, tandis que le projet de loi CLARITY, sur l’organisation des marchés, a été bloqué au Sénat en septembre 2026.
L’idée d’une monnaie qui échappe aux États n’est pas neuve. Dès 1976, l’économiste Friedrich Hayek, prix Nobel 1974, proposait de laisser des monnaies privées concurrencer celles des banques centrales (Pour une vraie concurrence des monnaies).
Le mystère Satoshi
Satoshi Nakamoto n’a jamais révélé son identité. Le premier à recevoir des bitcoins de sa part, en janvier 2009, fut le cryptographe Hal Finney. En avril 2011, dans un dernier message à un développeur, Satoshi écrit être « passé à autre chose » et juge le projet « entre de bonnes mains ». Depuis, plus rien : le million de bitcoins environ qui lui est attribué n’a jamais bougé.
Cette disparition a eu un effet inattendu. Sans fondateur à arrêter, à poursuivre ou à convaincre, Bitcoin n’a pas de point faible humain : son évolution dépend du consensus de ses utilisateurs, pas d’un dirigeant.
Détenir des bitcoins
Pas vos clés, pas vos bitcoins
On peut détenir des bitcoins de deux façons, qui n’offrent pas les mêmes garanties.
| Via un intermédiaire | En direct | |
|---|---|---|
| Exemples | Plateforme d’échange, banque, ETF | Application de portefeuille, boîtier dédié (hardware wallet) |
| Ce que vous détenez | Une créance sur l’intermédiaire | Vos clés, donc vos bitcoins |
| Risque principal | Faillite, piratage ou gel du compte | Perte ou vol de vos clés |
| En cas de problème | Service client, recours juridiques | Aucun recours |
L’adage anglais « not your keys, not your coins » résume l’enjeu : sans les clés, vous détenez une promesse, pas des bitcoins.
La phrase de récupération
Un portefeuille génère une liste de 12 ou 24 mots, la phrase de récupération, qui permet de reconstituer toutes vos clés. Qui la possède possède les fonds.
- Notez-la sur papier ou gravez-la sur une plaque de métal ; jamais en photo, ni dans un fichier, ni dans le cloud.
- Ne la communiquez à personne : aucun service légitime ne vous la demandera jamais.
- Conservez-la en lieu sûr, à l’abri du feu, de l’eau et des regards.
L’erreur ne pardonne pas. En 2013, le Britannique James Howells a jeté par mégarde un disque dur qui contenait les clés de près de 8 000 bitcoins ; il ne les a jamais récupérés. L’outil compte aussi : en 2026, une faille découverte dans le logiciel des portefeuilles Coldcard a montré que certaines phrases générées depuis 2021 étaient bien moins aléatoires que prévu. Utilisez des outils reconnus et tenez-les à jour.
Avant d’acheter
Ce guide n’est pas un conseil en investissement
Il explique le fonctionnement de Bitcoin ; il ne dit pas s’il faut en acheter, ni combien. Le prix du bitcoin est très volatil et peut baisser fortement. N’investissez jamais une somme dont vous pourriez avoir besoin, ou dont la perte vous mettrait en difficulté. Méfiez-vous des promesses de gains, vérifiez qu’une plateforme est autorisée à opérer en France et consultez les listes noires de l’AMF.
Lexique
- Adresse
- Identifiant public, dérivé de la clé publique, que l’on communique pour recevoir des bitcoins.
- Blockchain
- Registre public de toutes les transactions, regroupées en blocs reliés les uns aux autres et copiées sur des milliers d’ordinateurs.
- Clé privée
- Nombre secret qui permet de signer des transactions, donc de dépenser des bitcoins.
- Clé publique
- Calculée à partir de la clé privée, elle permet à chacun de vérifier une signature.
- DCA
- Achat d’un montant fixe à intervalle régulier, pour lisser le prix d’achat dans le temps (dollar-cost averaging).
- ETF bitcoin au comptant
- Fonds coté en Bourse qui détient des bitcoins : il permet d’y être exposé sans les détenir soi-même.
- Halving
- Division par deux de la récompense des mineurs, tous les 210 000 blocs, soit environ quatre ans.
- Hashrate
- Puissance de calcul consacrée au minage. Plus elle est élevée, plus le réseau est coûteux à attaquer.
- Minage
- Travail de calcul qui permet d’ajouter un bloc au registre, en échange de bitcoins nouvellement créés.
- Nœud
- Ordinateur qui conserve une copie du registre et vérifie que chaque transaction respecte les règles.
- Phrase de récupération
- Liste de 12 ou 24 mots qui permet de reconstituer toutes les clés d’un portefeuille.
- Portefeuille
- Application ou boîtier qui génère et conserve vos clés, et signe vos transactions (wallet).
- Preuve de travail
- Mécanisme qui oblige les mineurs à dépenser de l’énergie pour ajouter un bloc, ce qui rend le registre coûteux à falsifier.
- Satoshi
- Plus petite unité du bitcoin : un cent-millionième, soit 0,00000001 BTC.
- Stablecoin
- Jeton numérique dont la valeur suit celle d’une monnaie, le plus souvent le dollar.
Pour aller plus loin
- Satoshi Nakamoto, Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System, 2008 : le document fondateur, neuf pages.
- Université de Cambridge, étude sur le minage et ses sources d’énergie, 2025.
- Chainalysis, Crypto Crime Report, 2026.
- AMF, listes noires et mises en garde sur les offres de placement non autorisées.